foot à Bobo

 

longtemps après… je retravaille les photos argentiques prises à Bobo, et je retrouve celle sur le foot. une petite sélection :

la fin du séjour à Ouagadougou

Bonjour Chacune, Chacun,

Derniers jours au Burkina. Je dis au revoir à l’atelier, aux fondeurs. Départ pour Ouagadougou, où j’arrive pour la fin du Fespaco.

La cérémonie de clôture a lieu à Ouaga 2000, quartier récent pour gens riches. Le taxi est cher, cela découragera certainement une partie du public. Contrôles bienveillants, nettoyage de mains contre EBOLA, nous arrivons 1 heure avant le début de la cérémonie. Le stade se remplit lentement. Carré des journalistes en bas, carrés des personnalités, des jurys, des réalisateurs et acteurs….Nous sommes en haut des gradins.

Le chef du gouvernement est présent, le chef de la transition, le ministre de la culture…

Avec tous ces beaux messieurs et quelques dames, bien sur il y a un peu de protocole à respecter. La cérémonie se déroule, plutôt bon enfant, avec une alternance de remise des prix du festival, et des sponsors, remis par toutes sortes de gens : des représentants des sponsors – canal +, …-, d’organisations internationales – Office de la Francophonie, CDAO… -, un représentant de Taïwan, et clou du clou, la récompense suprême remise par le chef de l’état en personne.

C’est parfois un peu brouillon : plusieurs lauréats sur le plateau en même temps, plusieurs remetteurs de prix qui ne savent pas trop quoi à qui…Noud demandons entre nous : et lui, il a le prix de quoi ? l’affiche ou les décors ?

Trois jurys aux personnalités bien distinctes : un premier qui exprime très nettement son mécontentement sur le nombre de films à visionner et l’hétérogénéité de la sélection et qui argumente chacun de ses choix, un autre qui remercie ses confrères cinéastes, et ceux qui ont permis et soutenu l’existence de ce festival maintenant de renommée internationale, et parle du monde qui change et de la place des femmes, un troisième où chacun à son tour – et pas seulement le président du jury – nommera un lauréat.

La salle réagit vivement quand c’est un metteur en scène burkinabé ou installé au Burkina qui reçoit un prix, ou au  nom de Sankara…

Des traducteurs d’anglais au français et réciproquement.

La dernière remise ce sont pour les 3 films lauréats : étalon de bronze, d’argent, d’or. C’est le chef de l’état en personne qui remet ce dernier prix. Il y a plus de pompe pour son arrivée : d’abord un corps de militaires sabre au clair, tout engalonnés de rouge et or, une poursuite qui suit son déplacement sur le tapis…Je pense à la chanson de Juliette : j’aime les lanciers du Bengahahahaleu et les spahis du Sénégahahahaleu, les uniformes rouge et or : moi, j’ador’ !

Le lauréat est un homme maroco-tunisien, manifestement très ému mais qui en dépit de son émotion fait un discours très applaudi sur les forces sur lesquels les africains peuvent s’appuyer pour aller de l’avant. Quel contraste entre ces quelques mots gorgés d’énergie et tournés vers le futur avec le discours misérable de Sarkozy à Dakar, où il avait réussi à dire que le continent africain n’est pas entré dans l’histoire !

Le discours de fin annonce les dates du festival prévu dans deux ans, insiste sur les montants remis aux cinéastes, et on comprend bien comment ces moyens supplémentaires seront utiles en plus de la carte de visite que représente le fait  d’avoir été sélectionné ou d’avoir reçu un prix à ce festival.

L’accent est aussi mis sur la volonté du gouvernement burkinabè d’avoir maintenu ce festival malgré un climat difficile dans la sous-région – Ebola, Tombouctou…-, et un automne agité dans le Burkina même. C’est effectivement un beau message de combativité, d’opiniâtreté, d’optimisme que d’avoir gardé le festival dans ce contexte, et ça met un peu de baume au cœur des burkinabès, et particulièrement de ceux dont les activités dépendent du tourisme et qui n’ont pas de clients depuis des mois… – tous ceux avec qui j’ai pu parler, de l’atelier à Bobo à un sculpteur de Ouaga ont en effet souligné leur difficulté, et la fragilité de leur situation.

Enfin, 45 minutes de danse par la compagnie de la chorégraphe Burkinabè la plus en vue, Irène – je n’ai pas bien compris son nom, et je préfère ne pas l’écrire à l’écrire de travers. Compagnie imposante – au moins 40 personnes -, qui a été renforcée pour le Fespaco d’artistes acrobates venant du Ghana, ou de danseurs de côte d’Ivoire. Là encore une énergie impressionnante, qui épate encore plus quand j’apprends les conditions de travail par l’un des danseurs : un mois pour travailler et préparer spectacles d’ouverture et de clôture du festival, travail de 8 à 18 h !

Un chauffeur de taxi blagueur, qui contourne les embouteillages en passant par le bas côté et nous parle des sorciers, engueule les chauffeurs de taxi qui n’ont pas compris que c’est à Ouaga 2000 qu’il ya des clients !

Le Fespaco est « coincé » entre un festival de danse contemporaine et un autre de jazz : à Ouaga il se passe toujours quelque chose ! et les Burkinabé sont connus pour leur appétit pour tout ce qui est artistique..

Des impressions rapides :

une fête d’association avec un groupe de musiciens traditionnels et un marionnettiste. Sous l’auvent, dans la pénombre, le marionnettiste fait naître le mouvement. La magie opère : les enfants fascinés se rapprochent, certains s’enhardissent à toucher les marionnettes …

la fête de la femme, le 8 mars, presque toutes mes femmes ont fait faire un vêtement avec le pagne du 8 mars, chacune avec sa coupe personnalisée, dans les maquis le soir ça boit et ça danse….toute occasion de faire la fête est bonne à saisir !

Retour à Paris ce mercredi !

 

 

 

jouer du ngoni

Bonjour Chacune, Chacun,

J’ai acheté une première série d’instruments de musique au Grand Marché. J’en cherche d’autres – des flûtes en particulier -, et on me recommande de m’adresser à Gouverneur. Ce que je fais, donc. Je le rencontre à la villa où j’habite, et nous parlons un peu musique. Il joue entre autres du n’goni et du djembé, donne des cours, des concerts…

Comme le n’goni est un instrument sacré – tout comme le balafon -, c’est un instrument qui attire les esprits quand on en joue. Ces esprits sont invisibles mais le joueur est conscient de leur présence, en particulier s’il se sent très inspiré. Les esprits qui aiment la musique sont joueurs, curieux et bienveillants – en tout cas, pas malveillants : quand on s’absente, eux aussi veulent s’essayer à jouer. Du coup, on a l’impression que le n’goni se met à jouer tout seul … non, non, ce sont les esprits qui essayent…

Je pense au joueur de balafon du Rer A, à Nation : est-ce les esprits l’accompagnent lui aussi ? si c’est le cas, ça doit lui faire un auditoire plus attentif que nous les voyageurs pressés !

Gouverneur fabrique des maracas avec des calebasses : il y en a de toutes les tailles et toutes les couleurs ! J’en prends 4, de tailles différentes. Chaque calebasse a été percée pour mieux sonner, et a un tressage de cordes et de perles. Ça fait du boucan, dé !

Je rencontre le joueur et le fabricant de flûtes ce matin : Issou Diarra. Flûte traversière en roseau, cauris et cire d’abeille pour la bouche, parfois un habillage de cuir coloré. J’essaye de comprendre un peu le processus de fabrication de la flûte, mais non il ne dira rien ! Elles semblent être accordées suivant notre gamme – flûte en fa#, en do, en si…Les flûtes ne sont pas associées à des cérémonies particulières, et il en joue en concert en groupe.

en tout cas, ne vous méprenez pas : la photo de l’article, ce n’est pas un n’goni !

 

Voilaye pour aujourd’hui !

Amitiés

 

 

les boutiques

Bonjour Chacune, Chacun,

Préféreriez-vous que le conducteur de votre taxi aie appris à conduire à l’auto-école ‘La sagesse’ ou à l’auto-école ‘à la grâce de Dieu’ ?

Que pensez-vous trouver dans un magasin de ‘prêt à porter pour enfants bicyclettes’ ?

Choisiriez-vous la ‘pizzeriat’ qui fait du ‘bon et du très bon shawarma’ ? de toute façon, aucune de ces deux qualités de shawarma n’est disponible, aujourd’hui – comme hier, demain, etc… – : c’est riz-sauce.

Iriez-vous chez le couturier ‘Si j’avais su’ ? Ou siroter une sucrerie au maquis ‘c’est le moment’ ? (une sucrerie c’est une boisson sucrée type Fanta ou Coca, un maquis c’est un café…) ou les maquis ‘au point final’, ‘l’intégration’, ‘Chez tantie’ auraient votre préférence ?

Acheter des cahiers à la librairie ‘ici c’est pas cher’ ? Confier la réalisation de vos fenêtres au soudeur ‘la conscience tranquille’ ? Vous faire couper les cheveux chez le coiffeur ‘Inch Allah’ ?

 

 

 

à Bobo, 1

Bonjour Chacune, Chacun,

Deux thèmes pour aujourd’hui : les grand-mères et les accidents !

Je vais voir la famille d’Ouransa – dite : la grande famille – dans sa cour. La cour est une cour immense, dans le vieux quartier de Bobo. La grande famille, entendons-nous, est la famille au sens très élargi (à peu près 300 personnes dans cette cour !). Quand on rentre, c’est comme un village à soi tout seul : des cases à touche-touche, des ruelles qui les séparent. Chacun a une case, toilettes et douche sont communs – et loin !-. Le papa d’Ouransa, Bouba, a une case (càdire une pièce) pour lui. La maman d’Ouransa (Téné) en a une aussi, en face de celle de sa sœur Sita, à côté de celle de Bamso, une soeur d’Ouransa. Comme je viens saluer, on se retrouve nombreux dehors, un peu empruntés, et commencent les présentations de ceux et celles que je ne connais pas déjà : Djénéba, une fille de Sita, Maman la sœur aînée d’Ouransa, Bébé Ba, une demi-sœur, Soumana, un demi-frère, Vieux Père, un frère, et sa femme, Kadi, une des filles de Maman, Maïdouri une nièce.

J’essaye de m’y retrouver dans les filiations – c’est pas facile, ici on ne nomme pas les relations comme on le fait en France : Bouba a deux femmes, l’une (Téné) a 9 enfants et l’autre en a 8. Ouransa appelle ces deux femmes ‘Maman’, et appelle aussi Sita (pour nous sa tante) Maman. Et hop, 3 mamans pour un seul homme !

Les enfants de Téné sont ses frères ou sœurs (avec la précision même père-même mère), les enfants de l’autre femme de son père sont aussi ses frères et sœurs (pour nous, demi-frère ou demi-sœur ; maintenant comme les familles recomposées sont légion, je ne sais pas si ces termes sont encore beaucoup utilisés !). Quand j’essaye de nommer les liens entre : Ouransa et la fille d’un de ses demi-frères, je cale : une demi-nièce ?

La case de Téné m’impressionne : dans la quinzaine de m², il y a :

  • Dans un coin, une pile de grosses marmites ; comme Téné est une vieille, c’est elle qui garde les grosses marmites pour faire à manger lors des rassemblements familiaux
  • Dans un autre coin, une pile de tabourets en bois pour la même raison que précédemment
  • 1 lit en bois
  • Deux lits de nattes ou matelas fins au sol
  • Des piles de baluchons contre les murs.

C’est vous dire comme la circulation est aisée !

Le lit en bois est le lit de Téné, et les deux autres lits accueillent les petits-enfants,petite-neveux, arrière-petits- enfants…bien rangés en rang à côté les uns des autres. Il y en a déjà un qui dort. Chez Sita, les matelas au sol sont chapeautés de moustiquaires, bien trouées. Là ils sont plus nombreux, déjà 3 qui sommeillent.

C’est vous dire l’intimité dont les grand-mères disposent ! D’ailleurs je me demande si le mot ‘intimité’ existe en Dioula…quand un garçon enceinte une fille, que la maman disparaît : qui s’occupe des enfants : la grand-mère ! quand les mamans travaillent, qui s’occupe des enfants : les grand-mères ! je savais que les grand-mères ont un rôle important, mais là je m’en rends mieux compte !

Chez Bamso, il y a un lit, une armoire, et une petite natte au sol (Bamso a une petite fille) : ça a l’air presque nu après avoir vu les cases des grand-mères !

 

En moto, en allant au grand marché avec Baaba, nous passons un accident : vélo contre moto. C’est tout récent, les conducteurs sont encore sonnés, allongés à côté de leurs véhicules sur le goudron. Beaucoup de monde est déjà arrêté et nous nous arrêtons aussi : je demande pourquoi à Baaba ; ‘il faut voir si c’est quelqu’un qu’on connait’. Compte tenu de ce que je sais de l’hôpital, je comprends. A l’hôpital public, si vous arrivez sans être accompagnés, et qu’il n’y a personne pour payer consultation ou médicaments, personne ne vous prend en charge. Vous pouvez donc agoniser dans l’indifférence totale. Donc si c’est quelqu’un qu’on connait, on peut avertir des proches ou accompagner, et s’assurer de la prise en charge du blessé.

Voilaye, à venir une suite avec des noms de commerces, et l’atelier !

voyage chez les Lobis, fin

Bonjour Chacune, Chacun,

Dernier jour de visite : le sanctuaire des Gans, et les ruines de Loropéni.

Pour les lobis, le caméléon apporte la prospérité. Au marché de Loropéni, nous trouvons donc des étals avec les ingrédients pour les gri-gris, peaux d’animaux divers – y compris des félins, des mains gorilles qui elles viennent de loin, il n’y a pas de gorilles ici, des carapaces de pangolins -, des cloches utilisées par les féticheurs pour communiquer avec les esprits, des bracelets, pendentifs en forme de caméléon. J’en prends un tout petit que je glisse dans mon porte-monnaie : qui sait ?

Le peuple Lobi comprend en fait 7 groupes différents – dont les gans – et chaque groupe a un roi. Chaque village est inféodé à l’un des rois,  et ce sont donc les coutumes du peuple de ce roi qui sont la règle, quel que soit le groupe auquel on appartient. Par contre, seuls les personnes de son peuple sont ses sujets – au sens lui doivent le respect selon les normes en vigueur.

Pour les Gans, il y a un sanctuaire. En fait, les corps ne sont pas enterrés là – ils le sont dans la cour royale d’après ce que j’ai compris -, mais c’est là que se tiennent les rituels publics. Notre guide est une des femmes du roi, la seule qui ne soit pas de lignée royale et qui peut donc sortir du palais.  Il semble que ce soit un vrai panier de crabe entre ces dames, et que le roi ne soit pas étranger aux rivalités qui opposent les épouses les unes aux autres. Il y a deux lignées qui alternent pour le pouvoir – à cause d’un roi cruel qui a fini grâce à une femme par se rendre compte de sa cruauté, et en remerciement a permis que d’autres que sa lignée prennent le pouvoir.

Tous les sanctuaires sont identiques, et les statues à l’intérieur aussi – sauf pour les 4 reines -.  Les premiers souverains étaient des reines, qui ont donné le pouvoir aux hommes je n’ai pas bien compris pourquoi. Chaque cénotaphe a son étiquette, et les sanctuaires sont en train d’être rénovés, avec l’aide du Danemark il me semble.

Les ruines de Loropéni sont une immense énigme : une ceinture rectangulaire de 4 à 5 mètres de haut, 2 ou 3 grandes ouvertures qui devaient servir de portes, et des murs à l’intérieur. A l’extérieur, un haut fourneau. Les études préliminaires indiquent une occupation du site du XIème siècle au XIXème, mais il n’y a aucun indice sur la fonction de la forteresse.  Les ruines sont au bout d’un chemin rouge, nous sommes les seuls visiteurs de la matinée : Evelyne, la guide officielle passe donc sa journée à attendre au pied des ruines, dans un endroit sans eau, les rares visiteurs. Loropéni figure les listes de l’UNESCO du Patrimoine Mondial de l’Humanité, ce qui a permis de débloquer des fonds pour faire de très beaux bâtiments, vides et climatisés, à l’entrée du site. Les estimations sont qu’il faudrait 30 à  50 ans de fouilles pour explorer le site sur les 8 siècles d’occupation identifiés, mais pour l’instant il n’y pas de fouilles en vue. Dans une visite précédente qu’a faite Ouransa, le guide a indiqué que le mortier contient du sang humain. Notre guide du jour n’en fera pas mention.

C’est le retour : nous disons au revoir à François, et je l’enregistre pour le dico Mono-mot  (voir la page : http://www.ce-artiste.fr/le-voyage-commence/)

Sur le chemin du retour à Bobo, en quête de boisson fraîche, nous nous arrêtons dans un village où il y a une  chefferie (ils ont un petit arc de triomphe érigé en leur honneur à côté du maquis où nous demandons de l’eau). Je vais voir un peu : une grande cour fermée avec des arbres, un lieu d’accueil vide, et quelques tombes. Certaines traditionnelles – rondes, en terre, recouvertes de plats et de couverts pour accompagner les défunts dans l’au-delà, et plusieurs tombes modernes : rectangulaires, recouvertes de céramique, avec plaque, date, nom… En regardant les dates, je note qu’il y a des enfants dans le lot. Le respect dû aux défunts ne passe semble-t-il pas par une déférence particulière pour les tombes : il y a un jeune homme assis sur l’une d’entre elles, qui semble réviser ses cours.

La nuit est en train de tomber, et dans un village, je distingue des chameaux : ce n’est pas un animal local ! Ouransa me dit que ce sont des nomades qui vont du Niger en Mauritanie. Dans les villages, contre quelques pièces, les enfants peuvent faire un tour en chameau.

Les dernières journées ont été très chaudes, et le ciel est très couvert, noir même à l’horizon. Pleuvra pleuvra pas ? sur la route, nous ne traversons pas d’orage ou d’averse, mais des endroits où il a plu. L’air y est plus frais, et l’odeur enivrante. Elle  me rappelle l’odeur du tabac à pipe.

La nuit est le moment où on transporte le bois vers les villes : des vieux Berliet des années 50 roulent – lentement –  sans feux, et les ânes qui transportent eux aussi ces charges ne sont pas plus visibles. Je suis bien aise de ne pas être au volant !

Arrivée à Bobo, où je vais commencer à travailler dans l’atelier.

suite, encore chez les Lobis

 

 

Bonjour Chacune, Chacun,

Nous sommes dans le village à l’heure où les enfants rentrent de l’école. Livres sur la tête pour les filles, dans le sac pour les garçons. Ça a l’air pourtant d’être un village perdu, pas très grand – quelques dizaines de maisons, et pourtant il y a des enfants en primaire et aussi en secondaire. Sur in mur d’une case, il y a un tableau noir accompagné d’une lampe à pétrole : tout l’équipement pour travailler jour et nuit !

Devant certaines maisons, les tous petits ont peur en me voyant – même à Gaoua même qui est pourtant une grosse ville avec quelques blancs à demeure…Parfois les plus grands n’en mènent quand même pas bien large, le plus courgaeux venant vers moi pour me serrer la main, les autres restant à distance respectable.

Hors les moyens motorisés, pas de transport utilisant des animaux : pas d’âne dans cette région du Burkina – ils semblent avoir du mal à y survivre -, et les bœufs ne sont pas utilisés en animaux de trait. Les femmes portent tout sur la tête…

Pour transporter les poules, il y a plein de systèmes ; l’un deux a la forme d’une nasse en osier, que l’on porte en bandoulière. D’après le guide, on peut y mettre une dizaines de poules. Les défenseurs des animaux en auraient de l’urticaire, ça fait pas beaucoup de place pour chaque poule et elles sont entassées les unes sur les autres. Un autre moyen doit sembler très luxueux aux poules, et c’est utilisé en moto ou en vélo : il s’agit d’une cage de section semi-circulaire, de la largeur d’un guidon, faite avec du bois.

et bientôt, la fin du récit chez les Lobis !

récit, suite

Je continue mon récit sur les us des Lobis, même si je suis rentrée à Bobo depuis quelques jours… il y a de la matière !

Certaines maisons portent des traces blanches : cela signifie que le fétiche de la maison exige qu’on lui demande son accord – bien sur accompagné de sacrifices – avant de commencer à consommer la nouvelle récolte. Oui parce qu’en plus des fétiches (et leurs esprits) avec qui les féticheurs communiquent, il y a d’autres sortes de fétiches : les fétiches qui hébergent l’esprit d’un lieu (colline, rivière…), les fétiches des villages – à qui on s’adresse pour échapper à une épidémie, pour protéger les enfants…-, et les fétiches de la maison. Qui peuvent donc avoir des exigences spécifiques !

Et il y a la saison des fêtes après la récolte : de la même manière, il y a une cérémonie d’ouverture des festivités – valable pour toute la région – , et une cérémonie de fermeture de la saison, avec cela va sans dire demande faite aux fétiches. Les cérémonies regroupent à chaque fois les habitants de plusieurs villages, on y boit on y chante on y danse.

Nous visitons une maison dans un village. Chaque maison est conçue pour comme une forteresse : une entrée souvent basse pour déconcerter un ennemi possible, les animaux domestiques qui sont rentrés chaque jour pour être mis à l’abri (d’ailleurs, quand on rentre c’est dans l’espace des animaux).

Chaque femme a une pièce pour elle à partir de laquelle on peut accéder au toit, qui est le lieu de l’homme de la famille. On accède par une échelle, qui est un tronc incliné dans lequel on  a creusé des degrés – pas le genre d’escalier qui se dévale ! -Quand l’unique porte d’entrée est fermée, on peut donc circuler par l’intérieur. Du toit aussi on accède au grenier de la maison. Il y a aussi des greniers extérieurs, empruntés au peuple Gan : le grenier à l’intérieur de la maison est ‘le grenier’ sans précision, les greniers de l’extérieur s’appellent les greniers gan.

Ici, vue du dessus (du toit !) d’un grenier

Quand la porte est fermée on a donc à manger, et on peut se protéger d’assaillants ou d’animaux de la brousse.

Chaque femme à sa pièce, avec poteries qui contiennent ses richesses, un foyer pour cuisiner, et la poterie du divorce. Si le mari casse la poterie, c’est la répudiation. J’ai demandé ce qui se passerait si qqn d’autre que le mari casse la poterie : la sentence c’est toujours la répudiation ! Si un visiteur mal avisé ou maladroit le fait, il faut attendre le retour du mari, expliquer, organiser un sacrifice…

Si l’extérieur des maisons semble être très peu rangé (carcasses de vélo, bouts de plastique, poteries hors d’usage, bouts de tissu…) l’intérieur est extrêmement propre et vide. Dans la pièce d’une femme, les rangées de poteries qui contiennent ses richesses sont adossées à un mur, il y a aussi des poteries autour du foyer, quelques sacs dans un coin qui comprennent quelques pagnes et c’est tout. Tout est noir à cause de la suie du feu – mais, bon, il paraît que cela protège le bois des termites -.

Une nouvelle femme dans la maison? pas de problème : une nouvelle alvéole à la maison. Et un homme qui n’a qu’une femme est considéré comme un paresseux. 2, 3 femmes c’est la règle.

Un mari peut se protéger des infidélités possibles de sa femme en la ‘minant’. C’est-à-dire en lui faisant jeter un sort qui amènera malheur et/ou maladies et/ou mort d’un ou des deux protagonistes de l’infidélité, de préférence sans qu’elle le sache. Et donc quand un homme convoite une femme déjà mariée pour l’enlever, il va voir un féticheur pour vérifier si elle est ‘minée’, et identifier les actions à réaliser pour la déminer. Le système Lobi est matrilinéaire – à plusieurs reprises de ce court séjour, un Lobi nous a dit : la mère on sait qui c’est, le père il n’y a jamais de certitude….

Nous visitons la maison d’un balafoniste (il les réalise, et il en joue). Il y a là un duo de balafons pour les cérémonies de décès : vibrateurs sur les calebasses en toiles d’araignées, lien entre les lames en peau de biche, bois de la structure liés avec de la peau de vache. Ce sont des balafons qui peuvent être joués en dehors des cérémonies, et on a droit à un petit concert. Pour les balafons, le nombre de lames dépend de l’occasion à laquelle il est joué et ou du peuple qui l’utilise : 12,13, 14,17 lames ça dépend.

récit, suite

Sur le chemin vers Gaoua, nous traversons des villages d’orpailleurs. Il y a de l’or dans la région, et là où le sol est aurifère s’installent les orpailleurs. Pour le temps où ils gagneront assez d’argent. Quelques mois, ou quelques semaines. Autour du village, les monticules indiquent les endroits où les galeries sont en train de se creuser. L’activité est tolérée par le gouvernement, dans la mesure où l’aval de la chaîne, càd commercialisation et transformation est contrôlée par lui. A la saison des pluies, certaines mines sont fermées car considérées comme trop dangereuses.

Dans le village il y a mineurs et familles. Ce sont des paillottes, bâches plastique et grandes nattes. En passant, on voit les femmes qui vaquent à leurs activités habituelles. Il y a souvent des incendies, parfois accidentels parfois volontaires – des histoires de rivalités amoureuses, d’endroits plus aurifères que d’autres.

Nous retrouvons notre guide, François, qui va dans les deux prochains jours nous expliquer la culture Lobi, et nous permettre de visiter plusieurs endroits.

Dimanche, c’est marché, et l’après-midi nous visitons le musée ethnographique. je vous en ai déjà parlé un peu.

Le soir, c’est la finale de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations, pour les non initiés, c’est du foot, et ça permet aussi d’être sélectionné pour le mondial). Côte d’Ivoire contre Ghana (le Burkina a été éliminé il y a longtemps !) : deux pays tous proches de la région, et chacun a ses supporteurs. Je rejoins le restau en plein air où nous allons diner. Dans tous les commerces ouverts il y a une télévision, et devant la télévision de nombreux spectateurs – essentiellement des hommes -. Au restau un grand écran, les commentateurs déversent beaucoup de banalités à plein poumons – si l’on peut parler de poumons pour des haut-parleurs. Aux ‘oooohhhh’ et ‘ahhhhh’ qui accompagnent les occasions de buts, J’ai l’impression que la moitié des spectateurs supporte le Ghana et l’autre moitié la Côte d’Ivoire. Le match n’en finit pas (prolongations, 1ère série de tirs au but, deuxième série de tirs au buts…), et finalement un but marqué d’un côté, loupé de l’autre c’est la fin. On attend assez peu finalement – un quart d’heure ? – la ronde des motos excitées, puis le calme revient et nous rentrons.

Revenons à cette région : des vanniers, qui récoltent les plantes qu’ils utilisent une fois par an, chacun pour soi. Et l’année se passe à tresser, à vendre. La plante utilisée est assez rigide. C’est une activité de femmes, et elles font des paniers à base carré ou rectangulaire, et de toutes dimensions ! (des grands plateaux avec un rebord court, utilisé au marché par les vendeuses de légumes pour disposer leur marchandise, des paniers avec un grand plateau et un haut rebord pour transporter sur la tête sur de grandes distance). Un panier à grand rebord associé à un panier à petit rebord, et hop, une boîte ! Les tiges passées au feu rapidement se couvrent de suie et deviennent noires : cela permet de varier les motifs ; les liens sont en plastique de couleurs, tirés de grands sacs qui transportent riz, mil etc…

Comme le diamètre des tiges varie de gros (7 mm ?) à fin (1 mm ?), cela permet de varier aussi la finesse du travail.

Dans le village, les femmes ont sorti leurs paniers à notre arrivée. Un tout petit me tend toutes sortes de paniers : il a bien compris que ce  sont le toubabs (en lobi les dablos) (càd les blancs) qui partent avec.

Les lobis sont animistes, et voilà ce que j’ai compris : il y a un dieu unique, Tangba. Et un paradis – où on est en symbiose avec ses ancêtres si tout va bien -, aussi un purgatoire.

Il y a toutes sortes d’esprits – lutins, djins,etc…-, qui permettent de dialoguer avec Tangba, ou qui ont leur puissance propre. Ces esprits habitent les fétiches, qui ont une matérialité – bois façonné par l’homme, ou une pierre, un calebasse, etc…figure humaine, animale, pierre laissée en l’état : les fétiches prennent toutes sortes de formes. Les féticheurs sont les hommes qui sont les intermédiaires entre la communauté humaine et les esprits – ils savent causer avec eux de la manière qui va bien pour chacun, parce que attention, on cause pas pareil avec tout le monde ! Cauris, eau, coquillages, nattes de divination, rêves, chacun son langage. Il y a un bois particulier réservé pour faire les fétiches. Je rapproche cette fonction d’intermédiaire de celle des chamans ou des druides.

Normalement, les fétiches sont tabous. Nous ne pouvons pas les voir, et  pas plus bien sur les photographier. François est guide depuis longtemps, et à force de négocier il a convenu avec un féticheur d’accepter des visites. Pour que les fétiches ne soient pas offensés – manifestement ils n’aiment pas les flashes ! -, il y a des sacrifices prévus tous les ans pour les apaiser.

Chez ce féticheur, les fétiches sont regroupés dans 3 cases à fétiche. Parce que à chaque fétiche, il faut vérifier avec qui il veut cohabiter ! ah, non, pas question de mélanger un fétiche de fertilité avec un fétiche qui protège des flèches empoisonnées ou des armes à feu ! Et pour chaque demande faite au féticheur, il y a un fétiche à interroger – chacun sa spécialité, pas de rivalités !

Donc si je me souviens : une case surtout pour les guérisons, avec des calebasses qui contiennent des âmes de malades enfermées. On leur a donné une âme de chien à la place – le chien est celui dont l’âme est la plus proche de l’âme humaine -, cela permet de repousser la mort. Mais ce temps là vient quand même, et là on rend son âme à son propriétaire légitime. Cette case-là est à côté de la maison. Et souvent, le féticheur est aussi guérisseur – connait les plantes et leur usage. On peut repartir avec un canari plein d’une infusion, canari qui sera rapporté après usage car il est investi de la puissance du fétiche, et quand on ne sait pas leur causer, mieux vaut ne pas les avoir trop près..

Une case de protection, dans la maison – contre les coups, les armes, les flèches, etc.. quand quelqu’un vient pour demander une protection le féticheur façonne un gri-gri, dont la puissance est souvent accompagnée d’interdits – souvent liés au sexe -. Si on ne respecte plus les interdits, le gri-gri perd de sa puissance. Mais tout n’est pas perdu, on peut venir le recharger !

Et une dernière case à fétiches également dans la maison, il y avait tellement de fétiches faisant des choses différentes que j’ai presque tout oublié ! fertilité – la statuette était assez explicite -, pour les autres je ne sais plus trop.

 

 

Ça fait un peu bizarre d’être à la source même des toutes ces croyances et représentations qui ont fourni nos divers musées… Le chapeau du vendeur de médecine traditionnelle du marché avec ses cauris, digne d’orner une vitrine du musée du quai Branly, toutes ces statuettes au regard fixe accumulées dans une ambiance poussiéreuse..

début du récit

 
 
Bonjour

quelques nouvelles : poussière, chaleur (50° au soleil le midi, 40° à l’ombre) : difficile de faire pipi, même en buvant comme des trous ! c’est normalement la saison fraîche, mais il fait le temps de la saison chaude. c’est la saison de repos agricole (l’activité reprendra après les premières pluies attendues fin avril), et donc on refait les maisons, et on fait la fête (ici en pays Lobi – tous à vos atlas ! – càdire à cheval entre Ghana, sud du Burkina et côte d’Ivoire, pour faire la fête on boit du ‘Dolo’ – bière de mil. on trouve du mil germé et séché au marché pour fabriquer la bière). 

Visité aujourd’hui marché de Gaoua et musée ethnographique. 

Sur la route du village des potiers, le matin arrivent plein de jeunes filles avec des monceaux sur la tête : des pots, canaris, brule encens, abreuvoir à poule – très réfléchi : pas trop profond pour qu’un poussin qui y rentre ne s’y noie pas, assez protégé pour que ce soit pas les moutons qui boivent, et à 50° c’est sur il faut les abreuver les poussins !  il y a des animaux – pour le plaisir, que font aussi les enfants. et les enfants avaient plein de sortes d’animaux – des éléphants avec des défenses sur le front, des crocodiles, et d’autres non identifiés -, et un avait fait des hélicoptères. Nous en avons pris 3, un à chaque enfant. Plus tard, je verrai que les oiseaux sont aussi des sifflets.

d’un autre côté arrivent les femmes, des jeunes filles des gamines,  avec du bois, ou du charbon de bois. 
Et tout cela parsemé de personnes sur leur 31 qui vont à la messe – vu ce matin : robe en satin jaune, socquettes blanches et bonnet de bain. d’où il vient celui là, aucune idée ! les missionnaires ont bien bossé, environ 30% des lobis se sont convertis au chistianisme. Les musulmans du cru sont d’autres ethnies qui se sont installés plus ou moins récemment-  . je suis allée à la messe – en français. Eglise pleine, une femme qui allaite. piqure de rappel des dernières recommandations du pape : ne pas oublier de se reposer – mais après avoir bien travaillé, ne pas succomber à la vanité… je suis partie après.

Les Lobis sont agriculteurs, éléveurs et animistes. donc on élève des poules, et des moutons e chèvres pour les sacrifices, les boeufs sont en perte de vitesse : les dots, autrefois payés en boeufs sont limitées à 3 boeufs, et les grands sacrifices sont rares. Comme les enfants vont plus à l’école, il n’y a plus personne pour emmener les boeufs au marigot (parfois à plusieurs km). Plus de boeufs, donc !
Les femmes étaient excisées, mais maintenant il y a des campagnes pour limiter l’excision – plein de panneaux au bord des routes pour expliquer que non, ça se fait pas. la loi punit de prison les exciseuses – les parents, je sais pas -. ça régresse, mais doucement semble-t-il.

des initiations organisées tous les 7 ans pour les garçons et les filles, organisées par clan. ça rigole pas ! et un seul endroit pour le million 5 de lobis de cette région. au fouet pour que tout ce petit monde se tienne à carreau; la résistance à la douleur reste une valeur sure (avant, on taillait les dents en pointe au silex !) personne dira ce qu’on fait pendant les initiations,  sauf pour gagner des sous – et là on te raconte n’importe quoi –  donc j’en sais pas beaucoup plus, . Il vaut mieux être initié, sinon il y a des cérémonies auxquelles on ne peut pas assister – et c’est humiliant -, et on n’a pas son nom définitif.
 
les féticheurs sont bien sur des personnes très importantes dans la communauté – toutes sortes de fétiches. au musée , il y en a des étonnants : comme ils ont été sculptés après l’arrivée des colonisateurs, ils ont une casquette de militaire. C’est pour se faire pardonner des meurtres commis à la guerre. et ils bossent avec les forgerons – par exemple, ils peuvent pour punir qqn le frapper de la foudre, et il faut ensuite l’intervention d’un forgeron sur la personne foudroyée ensuite. ils sont aussi guérisseurs – au marché ce matin, un jeune  homme, avec une calotte kaki élimée, constellée de cauris est accroupi devant une calebasse pleine de petits sachets : des médicaments traditionnels à 5 francs (650 francs= 1 euro), et il faut donner exactement 5 francs ! pas pu en acheter parce qu’on avait pas de pièce assez petite.. (et il faut pas croire qu’on pouvait en acheter 20 pour 100 francs, si on achète 20 il faut payer 20 fois avec 5 francs !).
 
Bon, voilà j’arrive à la fin de mon heure d’internet, je vous fais des bises…
 
au programme demain : visite du village de vanniers, et de féticheurs…
 
Cécile