le lundi 28 janvier

Bonjour Chacune, Chacun,

Tout d’abord, 2 réponses à des questions posées par vous les lecteurs !

–          L’attiéké est une semoule élaborée avec du manioc fermenté. C’est disponible aussi à Montreuil ! Pour en savoir plus sur le comment, le où … : https://fr.wikipedia.org/wiki/Atti%C3%A9k%C3%A9

–          Pour la température et les bébés qui ont des bonnets, le site météo indique 18°C le matin, et 35 au plus fort de la journée ; pour parler des températures ressenties chères à nos météorologues,  le matin à 7 et demi, je porte un t-shirt avec des manches longues et un pull léger pour prendre le thé dehors à l’ombre. Une demi-heure plus tard, le t-shirt manches longues me suffit largement , et à partir de 8h30, le t-shirt manches courtes est de rigueur au moins jusqu’au coucher du soleil. je vois de petits bien protégés même en milieu de journée.

Lorsque j’arrive ce matin dans l’épicerie pour prendre mon thé, il y a une dame âgée en train d’acheter du riz. Le riz se vend en vrac, directement à partir des sacs dans lequel il est conditionné par 25 ou 50 kg – idem pour le sucre, le sel …. J’en profite pour regarder les origines de ces différents produits. Le sucre vient du Brésil, c’est écrit dessus en portugais. Pour le riz il y a diverses origines et donateurs :

–          Du riz indien 5% ( c’est bien énigmatique : c’est quoi les 95 % restants ?)

–          Du riz ‘offert par le peuple japonais’ ; le sac est orné du drapeau ad hoc ; il n’y a pas de mention de lieu de production du riz

–          Du riz ‘produit en Thaïlande’, avec la mention Oncle Sam et le portrait associé, un logo ‘groupe carré d’or’ : est-il offert ? par qui ? les informations sur le sac ne donnent guère d’éclairage.

Au Burkina Faso, on produit du riz aussi mais je n’en vois pas trace ici. Tous ces sacs sont posés à même le sol, je me suis demandé après comment ces trésors sont protégés des rongeurs.

Plus loin, près d’un endroit qui vend force flacons recyclés et poussiéreux, un vieil homme tient un stand avec des cordes faites de lanières de sacs de riz et de sucre tressées : tout est utile et utilisé.

A la télévision hier, le prix maximum de produits alimentaires jugés de première nécessité était affichés à l’écran ; j’ai retenu celui-ci : baguette de 200g, 150 Fcfa. Le pays est fortement déficitaire en produits alimentaires, et des prix maximum sont fixés sur certains produits pour éviter la flambée des prix et la spéculation. Le ciment est aussi considéré comme de première nécessité, son prix est fixé à 5 000 FCFA le sac – ce qui se comprend aisément : vu l’augmentation de la population, les besoins en constructions sont importants.

Ce midi, je cherche du riz soumbala : c’est du riz préparé avec du néré, une légumineuse utilisée en condiment qu’on trouve facilement au marché. Ça se présente comme des petites boules de lentilles noires. La marchande qui pourrait en avoir a préparé du riz blanc : Awa me propose d’acheter du riz gras, et de faire une préparation soumbala qu’on y ajoutera. En échange, je lui propose d’en préparer également pour elle et de lui acheter une portion de riz. Achat de néré, d’un oignon et nous voilà dans une cour proche de sa boutique. Un vieux monsieur nous accueille, et il y a sous l’auvent plusieurs femmes ou jeunes filles occupées à la préparation du repas. On sort un fauteuil pour moi, et j’assiste aux divers préparatifs. Ça se chambre et ça plaisante : la femme du vieux monsieur, une matrone imposante, me demande de l’emmener en France. Awa appuie la demande : elle aura le champ libre pour faire du monsieur son mari. Assistent à ces échanges une jeune fille au regard triste qui coupe des oignons en silence et sans enthousiasme, une jeune femme maman d’une petite fille qui me détaille avec la droiture des enfants, et une deuxième jeune fille dont je ne verrai pas le visage, penchée qu’elle est pour nettoyer le sol.  Il y a force braséros, pilons et récipients divers. Je vois une belle calebasse patinée par l’usage et qui a une réparation : une fêlure est réparée par une suture. L’oignon est coupé, le néré grossièrement pilé, un braséro allumé et la cuisson commence. Nous laissons la préparation aux bons soins de ces dames et regagnons le banc à l’ombre face à la boutique d’Awa. C’est l’heure du déjeuner les petites filles rentrent de l’école : tenue de football vert, un pull, des sandales et grandes chaussettes qui montent jusqu’au genou. Vous avez fait du sport à l’école ? oui, on a couru (il faut laisser traîner un peu le ‘ou’ de couru et rouler légèrement le’r’). Elles sont dans mes bras, me font une bise, passent les mains dans mes cheveux  en faisant des commentaires. Il y a du blanc et il y a du noir comme nous. tu as des mèches ? non, c’est mes vrais cheveux. Et toi ?  c’est tes vrais cheveux ? oui. et toi ? moi aussi. Le riz et la préparation sont finalement emballés et me voilà en route pour l’atelier : la préparation y sera bien appréciée.

Je m’essaye un peu au dioula. Certes, mon ‘ani sogoma’ matinal fait beaucoup rire à la table où je prends mon thé.  Rodrigue me facilite la tâche : An ka ta ? on y va ? euh … je réponds comment :  on y va. Tu peux répondre Mmmmmmhhh . Merci Rodrigue ! la graine que j’ai mangé le premier jour et que j’ai écrit ‘Tioko’ est utilisée pour faire du jus ‘tioko dji’ (dji, c’est facile c’est l’eau). Mais la prononciation est plus compliquée que ça : le ‘tio’ du début est entre ‘tio’ et ‘tcho’ et le ‘ko’ et presque comme la jota espagnole suivi d’un ‘on’ très nasal. Même pour mémoriser ces deux syllabes à peu près correctement il me faudra une demi-journée ! sur la carte des restaurants, cette boisson s’appelle ‘horchata’, c’est plus facile pour moi. Passons à bonne soirée : ka sou éré. Sou : la nuit, éré : bon, bien. et ka alors ? ka c’est l’idée du déroulement. Il faudra que je pense à demander si le ‘ka’ de ‘ka sou éré’ est le même que celui de ‘an ka ta ?’ .

Ce matin c’est samedi, et je cherche à m’équiper en shampoing. Je suis déjà allée dans une assez grosse boutique pas loin : il y a force déodorants et crèmes éclaircissantes, hydratantes, apaisantes, émollientes, mais de shampoing point ! j’ai repéré une autre boutique qui vante ses produits sains, ses boissons sans sucre ajouté, qui est grande et qui est ouverte depuis peu. J’y tente ma chance ; la boutique est déserte ; à part la vendeuse derrière sa caisse, personne. Au rayon produits d’hygiène, il y a 10 mètres linéaires de dentifrices et brosses à dents, tout ce qu’il faut pour se raser se parfumer, se laver les mains, se talquer, et deux shampoings seulement : un de luxe, à l’aloé vera dans un petit sac de présentation dédié, et forcément très cher, et un au soufre contre les pellicules. Va pour celui au soufre. Je traîne dans la boutique : Chardonnay et Moët et Chandon, petits pois en boîte et maïs itou, petits beurre et biscuits fourrés sont proposés au chaland dans une atmosphère feutrée et climatisée…Comme j’ai entamé une lutte sans merci contre les moustiques, j’achète aussi les tortillons verts que vous connaissez certainement. Efficacité garantie en 10 secondes, c’est écrit dessus ! Une vraie caisse avec des produits scannés, et un ticket… le temps de passage à la caisse, je remarque qu’il y a des caméras de surveillance partout dans la boutique – fonctionnent-elles et y a-t-il un surveillant derrière, ça bien sur je ne le sais pas. Sur le chemin du retour, je passe devant les étals au sol – en plein soleil : vente de portable à des degrés divers de dégradation, petits jouets aux couleurs pastel, made in China, soigneusement étalés sur 5 rangées et sous cellophane, chaussures pour enfants en lignes impeccables. Cela me fait penser aux vendeurs du métro, ou à ceux des puces de Montreuil .

Plus tard, voyant que j’ai acheté des tortillons verts, Awa me recommande l’usage d’une boîte adaptée vendue pas sa voisine : sur une base de grosse boîte de jus de tomate ronde, un croisillon cranté en métal  de la hauteur de la boîte a été ajouté. On met la spirale en train de de consumer sur le croisillon cranté, et les cendres tombent dans la boîte. Cela sert à la fois de support et de cendrier. j’en fais l’acquisition pour 150 FCFA (25 cts d’euro).

Au programme de dimanche : visite de la fille d’Awa – la maman des petites filles -, et mariage !

Bises et ou amitiés