24 février 2010

Bonjour Chacune, Chacun,

Noufou, la personne qui m’accueille et organise le stage ici, a créé une association burkinabé dans le village dont il est originaire pour la scolarisation des enfants. cette association travaille avec une association en France, basée près de Nantes. Depuis 6 ans, l’association a permis la scolarisation de 30 enfants qui sinon ne seraient pas allés à l’école. La sélection des enfants a été effectuée par l’association burkinabé, et cela ne s’est pas fait sans frictions. Ils organisent une course de vélos annuelle, dont le premier prix est un vélo neuf (une course hommes, une course femmes). Un vélo coûte environ 30 000 francs cfa, soit environ 45 euros ce qui pour la plupart des villageois de ce village représente une grosse somme (un mouton et demi). La scolarisation d’un enfant en primaire coûte environ 30 euros par an à l’association, et ce sont les adhérents français qui mettent la main à la poche. Cette année, pour la première fois, ils ont organisé un carnaval : masques faits à partir d’assiettes en papier et chapeaux de papier agrafé, bal poussière le soir (balafon et djembé), soirée conte. La plupart des artistes qui ont participé aux soirées étaient bénévoles (il y avait un merveilleux joueur d’un instrument dont je ne connais pas le nom, qui s’apparente à la kora). le carnaval a été très réussi, et il semble qu’enfants et adultes y aient pris beaucoup de plaisir. Martine Confiture et Cécile Bigoudi ont participé modestement avec leur nez rouge.

Noufou nous avait invités ainsi que d’autres stagiaires à passer les trois jours au village; comme autres français, il y avait un groupe de d’jeuns qui avait monté avec des écoliers une pièce de théâtre, et les représentants de l’association française.

Toubabou, toubabou : ça veut dire ‘le blanc’ en Dioula, et je l’ai beaucoup entendu pendant mon séjour !

Pour l’eau, il faut aller la chercher à la pompe, et Noufou nous a dit qu’une barrique en métal représentait une vraie richesse. La famille qui vit dans la cour puise au fil de la journée l’eau dont elle a besoin. La plupart des enfants sont en guenilles, et ceux qui connaissent ce problème m’ont dit que nombre d’entre eux sont asmatiques (il me semble qu’il manque un ‘h’, mais je ne sais pas trop où le mettre). Malnutrition bien sur (peu de protéines, peu de vitamines). Bouillie de petit mil au petit déjeuner (avec du sucre; c’est un peu acidulé, j’aime bien mais tout le monde ne partage pas ce goût). pour nous, c’était cuisine de luxe (un peu de viande, quand même, un peu de salade… quelques oranges…). Les femmes bossent du matin au soir (dès 5h30, les feux sont allumés, il faut piler le mil – ce qui semble être très gourmand en temps, et fait des bras et un dos très musclés – , faire les lessives à la main, pomper l’eau, faire la cuisine…). Les hommes adultes pour la plupart ne semblent pas très occupés – celui de la cour où je dormais était dans son fauteuil du matin au soir…- Les aînés décident, les plus jeunes éxécutent. Ce n’est pas la saison des travaux au champs, je ne sais pas si les hommes sont plus actifs à ce moment là. Cultures vivrières : mil, maïs, mangues. Cultures commerciales : coton. Il y a des animaux, poules pintades canards, et chèvres – elles bouffent tout, j’en ai vu une avec une étiquette de thé lipton au coin du bec !- moutons zébus. Ce qui m’a surprise, c’est la présence de cochons, mais c’est un village où il y a des chrétiens. Plusieurs mosquées et plusieurs églises. Plusieurs ethnies cohabitent dans ce village, peuls, gourmantchés, dafis… ils sont organisés par quartiers. Les jeunes gens jouent au foot – chaque quartier son équipe – , et le samedi organisent des tournois. J’ai vu de loin un match, c’est à dire des silhouettes qui s’agitaient dans un nuage de poussière…

Je me relis, et je me rends compte que dans les animaux j’ai oublié les ânes… eux, comme animaux de trait. On les trouve bien entendu aussi en ville.

Houndé, Koumbia, Bodialedaga,Wolsama, Koro : les noms des villages s’égrennent sur le chemin du retour à Bobo. Dans le 4×4, nous sommes 4 humains, un mouton, et sur la galerie une pintade et un coq. L’harmattan soufflait, et nous avions le choix entre pas d’air dans la voiture, ou un air poussiéreux, chaud et sec. La pintade et le coq ont déjoué nos pronostics, et sont arrivés en vie a bobo.

Pendant ce temps, à l’atelier cela n’avait pas chômé : le fonte a eu lieu jeudi dernier, et toutes les sculptures étaient dégagées de leur gangue d’argile. Il y a encore beaucoup de travail dessus, supprimer toutes les coulures, limer, retirer les tiges de coulée, et patiner. J’ai fait deux masques et un poisson. Il y a une pomme boîte que j’ai préparée, mais le moule n’est pas encore fait et ce sera pour la prochaine fonte (jeudi ou vendredi si j’ai bien compris).
La fonte, c’est très impressionnant : ils ont une dizaine à manipuler le métal en fusion. Seulement deux d’entre eux avaient des chaussures de sureté, les autres étaient en tongs.

Voilà, suite au prochain numéro, 


17 février 2010

Bonjour Chacune, Chacun, 
 
Pour ceux qui n'ont pas tout suivi : par l'intermédiaire d'une amie clown, j'ai rencontré un burkinabé fondeur de bronzes d'art, et également sculpteur…j'ai fait un stage avec lui en juillet, et comme j'ai trouvé d'une part qu'il est une belle personne, généreuse de ses connaissances, et que j'ai pris énormément de plaisir à réaliser des sculptures, j'ai décidé de me lancer dans l'aventure burkinabé qu'il propose, à savoir un stage de créations de sculptures sur bronze dans la ville de Dobo Dioulasso, où il a un atelier, avec des personnes qui y travaillent. M'y voici donc depuis une semaine. J'ai fait quelques réalisations en cire, et les personnes de l'atelier m'entourent et me conseillent sur la technique de réalisation. Ces deux derniers jours, nous avons fait les moulages en banco (mélange d'argile et de toile de jute). Je pense que les moules seront cuits et fondus demain, ou en début de semaine prochaine. A l'atelier, il y a d'autres stagiaires que moi. Les experts qui nous encadrent sont Rodrigue (en ce qui me concerne), Baba, Mossé. Dans l'atelier, il y a aussi Tidiane, Kossi, Kassoum. Je travaille sous un auvent tressé, et malgré la chaleur et la poussière, ça va bien. Les jours s'écoulent donc tranquillement, à un rythme apaisant. Je me laisse prendre en charge (ce qui est plutôt nouveau pour moi), je n'ai pratiquement rien à décider sauf la forme de mes sculptures. Noufou m'héberge dans une maison, où il y a également un couple de français venus l'aider à réaliser son nouveau four (il est en train de construire un nouvel atelier). Une amie, Martine, arrive samedi. 
 
Pour les photos, j'ai compris pourquoi je ne peux pas décharger : il faut le logiciel de l'appareil photo sur l'ordi… j'ai changé d'appareil entre le voyage en Chine et maintenant, et je n'avais pas eu ce pb en Chine. Donc, probablement, les photos, ce sera au retour. 
Par ailleurs, Noufou est originaire d'un village situé entre Bobo et Ouaga, où il a créé une association (mais je ne lui ai pas encore demandé le but de l'asso en question). Il y travaille avec des cousins à lui. Ce week-end, c'est la fête au village… nous irons donc y passer quelques jours . Village sans électricité, ni téléphone… vous n'aurez donc pas d'autres nouvelles avant le début de la semaine prochaine. 
 
Quelques proverbes locaux : 
 
'on ne peut pas courir en se grattant les fesses', c'est à dire on ne peut pas faire deux choses à la fois; 
'même si tu fais pipi loin devant toi, la dernière goutte tombera toujours entre tes pieds' : (surtout pour les enfants) si tu fais des bêtises, et que tu les caches, ça finira bien par se savoir… 
 
Ici, on souhaite bon appétit à son voisin de table au restaurant quand son plat arrive, même si on ne le connaît pas, pour les choses qui vous tiennent à cœur on fait dire merci par personne interposée, quand quelqu'un veut partir, il dit 'je demande la route', ce qui ne veut pas dire qu'il souhaite qu'on lui explique le chemin du retour…il faut alors s'empresser de lui reproposer de la boisson pour vérifier qu'il veut vraiment partir, et que ce n'est pas un moyen de vérifier qu'il est gêneur…quand des amis sont à la maison à l'heure du dîner, on les inclut systématiquement dans le repas sans demander, car si on demande, la personne comprend qu'elle est de trop (pas assez à manger pour tout le monde ?) et déclinera. 



Les calebasses

Pour moi une calebasse, c’est :
  • Un produit de la nature qui a déjà été travaillé par une personne que je ne connais pas, qui a pris soin de la sécher, de la creuser, et qui y a imprimé une première marque de sa personnalité : il n’y a qu’à regarder les différentes traces à l’intérieur des calebasses, différentes les unes des autres ; comme un relais dans une chaîne …..de quelle suite de la chaîne serai-je à mon tour le maillon ?
  • Un objet unique (chaque calebasse a sa forme, sa couleur, ses irrégularités, son épaisseur…), et non reproductible,
  • Un objet détourné (les calebasses sont en général des objets utilitaires ou utiles en Afrique : gourdes, boîtes, récipients, base pour instruments de musique…)
  • Un objet dont la rotondité permet de multiples évocations : une cellule, unité élémentaire du vivant, un masque, un ventre de femme enceinte, une planète (la notre ou une autre), un globe oculaire….pour vous peut-être encore d’autres ‘choses’…
  • Un objet qui n’appartient pas à une catégorie bien définie, à cheval entre la toile et la sculpture – ,
  • Enfin, un objet vit (la couleur change avec le temps) ;
Libre à vous de compléter la liste !