26 février 2010

Ce matin, petit voyage dans les instruments de musique et leurs fonctions….un tout petit musée, avec un gardien qui fait une visite guidée….

évidemment, à ethnies différentes règles différentes….

d’abord, trois niveaux de communications possibles : à l’intérieur d’un village, entre villages, avec l’au-delà. Pour chaque niveau, des instruments différents.

d’abord, les instruments pour le déroulement de la vie tout court : ensembles de balafons et de tambours pour rythmer naissances, initiations, mariages, funérailles. Selon les cas, ce seront les mêmes instruments qui serviront pour tous types de cérémonies, ou un ensemble d’instrument pour un type de cérémonie (les balafons pour les naissances ne sont pas ceux des funérailles). Pour construire un instrument, on consulte les esprits qui indiquent comment construire l’instrument (peau de chèvre, de biche, d’âne ? quel sorte de bois ? ), quels sacrifices réaliser, et l’usage de l’instrument.

Il y a aussi des instruments pour les bonnes récoltes, pour la fertilité des femmes, pour une chasse réussie. Et bien sur, pour s’attirer les faveurs des esprits.

islam et animisme ont l’air bien souvent de cohabiter : pour témoin, une tunique de chasseur recouverte de petits sacs en cuir assurant la protection en brousse : les sacs peuvent contenir des amulettes (parties d’animaux; ça se trouve facilement en ville; il y a des étals peins de crânes, de hérissons et de caméléons séchés, de fourrures diverses), ou des versets du coran …

Pour les rois (décès, intronisation d’un nouveau roi), ce sont des instruments spécifiques.

Et des instruments pour informer d’attaques et appeler à l’aide ….

donc on frappe (balafons, tambours), on frotte (instruments à corde et à archet, chez les peuls par exemple), on souffle (sifflets, cornes…), on pince (n’gonis des griots).

Demain, je suis invitée à un baptême (je n’ai pas bien compris à quoi ça correspond : c’est dans une famille musulmane, c’est pour un enfant, mais ce n’est pas la circoncision…).

Et cet après-midi, au programme, travailler sur les sculptures déjà fondues….

24 février 2010

Bonjour Chacune, Chacun,

Noufou, la personne qui m’accueille et organise le stage ici, a créé une association burkinabé dans le village dont il est originaire pour la scolarisation des enfants. cette association travaille avec une association en France, basée près de Nantes. Depuis 6 ans, l’association a permis la scolarisation de 30 enfants qui sinon ne seraient pas allés à l’école. La sélection des enfants a été effectuée par l’association burkinabé, et cela ne s’est pas fait sans frictions. Ils organisent une course de vélos annuelle, dont le premier prix est un vélo neuf (une course hommes, une course femmes). Un vélo coûte environ 30 000 francs cfa, soit environ 45 euros ce qui pour la plupart des villageois de ce village représente une grosse somme (un mouton et demi). La scolarisation d’un enfant en primaire coûte environ 30 euros par an à l’association, et ce sont les adhérents français qui mettent la main à la poche. Cette année, pour la première fois, ils ont organisé un carnaval : masques faits à partir d’assiettes en papier et chapeaux de papier agrafé, bal poussière le soir (balafon et djembé), soirée conte. La plupart des artistes qui ont participé aux soirées étaient bénévoles (il y avait un merveilleux joueur d’un instrument dont je ne connais pas le nom, qui s’apparente à la kora). le carnaval a été très réussi, et il semble qu’enfants et adultes y aient pris beaucoup de plaisir. Martine Confiture et Cécile Bigoudi ont participé modestement avec leur nez rouge.

Noufou nous avait invités ainsi que d’autres stagiaires à passer les trois jours au village; comme autres français, il y avait un groupe de d’jeuns qui avait monté avec des écoliers une pièce de théâtre, et les représentants de l’association française.

Toubabou, toubabou : ça veut dire ‘le blanc’ en Dioula, et je l’ai beaucoup entendu pendant mon séjour !

Pour l’eau, il faut aller la chercher à la pompe, et Noufou nous a dit qu’une barrique en métal représentait une vraie richesse. La famille qui vit dans la cour puise au fil de la journée l’eau dont elle a besoin. La plupart des enfants sont en guenilles, et ceux qui connaissent ce problème m’ont dit que nombre d’entre eux sont asmatiques (il me semble qu’il manque un ‘h’, mais je ne sais pas trop où le mettre). Malnutrition bien sur (peu de protéines, peu de vitamines). Bouillie de petit mil au petit déjeuner (avec du sucre; c’est un peu acidulé, j’aime bien mais tout le monde ne partage pas ce goût). pour nous, c’était cuisine de luxe (un peu de viande, quand même, un peu de salade… quelques oranges…). Les femmes bossent du matin au soir (dès 5h30, les feux sont allumés, il faut piler le mil – ce qui semble être très gourmand en temps, et fait des bras et un dos très musclés – , faire les lessives à la main, pomper l’eau, faire la cuisine…). Les hommes adultes pour la plupart ne semblent pas très occupés – celui de la cour où je dormais était dans son fauteuil du matin au soir…- Les aînés décident, les plus jeunes éxécutent. Ce n’est pas la saison des travaux au champs, je ne sais pas si les hommes sont plus actifs à ce moment là. Cultures vivrières : mil, maïs, mangues. Cultures commerciales : coton. Il y a des animaux, poules pintades canards, et chèvres – elles bouffent tout, j’en ai vu une avec une étiquette de thé lipton au coin du bec !- moutons zébus. Ce qui m’a surprise, c’est la présence de cochons, mais c’est un village où il y a des chrétiens. Plusieurs mosquées et plusieurs églises. Plusieurs ethnies cohabitent dans ce village, peuls, gourmantchés, dafis… ils sont organisés par quartiers. Les jeunes gens jouent au foot – chaque quartier son équipe – , et le samedi organisent des tournois. J’ai vu de loin un match, c’est à dire des silhouettes qui s’agitaient dans un nuage de poussière…

Je me relis, et je me rends compte que dans les animaux j’ai oublié les ânes… eux, comme animaux de trait. On les trouve bien entendu aussi en ville.

Houndé, Koumbia, Bodialedaga,Wolsama, Koro : les noms des villages s’égrennent sur le chemin du retour à Bobo. Dans le 4×4, nous sommes 4 humains, un mouton, et sur la galerie une pintade et un coq. L’harmattan soufflait, et nous avions le choix entre pas d’air dans la voiture, ou un air poussiéreux, chaud et sec. La pintade et le coq ont déjoué nos pronostics, et sont arrivés en vie a bobo.

Pendant ce temps, à l’atelier cela n’avait pas chômé : le fonte a eu lieu jeudi dernier, et toutes les sculptures étaient dégagées de leur gangue d’argile. Il y a encore beaucoup de travail dessus, supprimer toutes les coulures, limer, retirer les tiges de coulée, et patiner. J’ai fait deux masques et un poisson. Il y a une pomme boîte que j’ai préparée, mais le moule n’est pas encore fait et ce sera pour la prochaine fonte (jeudi ou vendredi si j’ai bien compris).
La fonte, c’est très impressionnant : ils ont une dizaine à manipuler le métal en fusion. Seulement deux d’entre eux avaient des chaussures de sureté, les autres étaient en tongs.

Voilà, suite au prochain numéro,