7 mars 2010

 

 

 

 

Eh oui, voilà; plus que deux jours avant mon retour dans la froidure parisienne… je goûte chaque goutte de transpiration….

Il s’en est passé des événements depuis mon dernier mail….

Retour à Ouaga, et visite du village de Tiébélé à 2 heures de route. Là bas, c’est encore une autre langue : le Kassina. Je me suis contentée d’apprendre à dire merci : Dillé (en Dioula, parlé à Bobo, c’est ani tié, et en Moré, parlé à Ouaga, c’est barka).

Tiébélé est réputé pour ses maisons décorées : nous en avons visité une, une cour où vivent 149 personnes. Plusieurs cases organisées autour d’une cour centrale, où sont gardés les animaux ( bovins, moutons). Plusieurs sortes de cases : les cases en huit, pour les vieux couples, les cases carrées pour les jeunes couples, le cases rondes, pour les célibataires. Dans la cour centrale, un grenier à mil collectif, dont les femmes n’ont pas le droit de voir le contenu : s’il ne reste pas assez à manger, elles pourraient partir…les cases en huit avec une chicane à l’entrée, pour décapiter un ennemi qui chercherait à s’introduire….des poteries à l’intérieur, pour garder le trésor des femmes (bijoux et condiments), des calebasses pour la nourriture et l’eau, des nattes pour la nuit accrochées au plafond….c’est très petit (petits enfants et grands parents peuvent y dormir ensemble). Et des fétiches en quantité (les Kassinas sont animistes). Dans la seule case que nous avons visité, il y en avait 5 ! Interdit de les prendre en photo, et même pour le guide d’expliquer leur pouvoir… Un autel à sacrifices devant la cour, et des sacrifices dans les cours également…Décorations au kaolin, au charbon (remplacé dans nos temps modernes par du goudron), le tout recouvert d’un vernis coloré au néré…. Chaque décoration a sa signification : un boa, des ailes de milan noir (ici ils bouffent les poussins, et il faut s’en protéger), des tessons de calebasse et de poteries, pour rappeler aux femmes que c’est précieux et qu’il faut y faire attention, des filets de pêche car une année de famine, les hommes sont partis pêcher dans un pays voisin et cela les a sauvés….. La décoration est la travail des femmes, et c’est un travail collectif. Mais comme cela demande beaucoup d’entretien, c’est une tradition en voie de disparition…Les Kassina sont à la fois agriculteurs et éleveurs… Ils y a aussi d’autres métiers, tisserands, forgerons, potiers….Cela semble une organisation très différente de Ouhabou, où cohabitaient plusieurs ethnies avec chacune leur spécialité, et où il y avait du troc entre éleveurs et agriculteurs (du lait et de la viande contre du mil).

il y a une retenue d’eau et des canaux qui irriguent des jardins gérés par une association communale. Patates douces, haricots, piments, oseille, arachides à la saison humide…Pour avoir de la terre dans ce village, il faut d’abord aller voir le chef de terre, puis après régulariser avec le cadastre. Le canal a été réalisé en coopération avec une asso tourangelle il y a une 15zaine d’années. Les jardins sont plantés d’un mix de cultures vivrières et commerciales. Le bénéfice sert à scolariser des enfants. Il y a beaucoup d’échanges commerciaux avec le Ghana tout proche, et le village a l’air moins pauvre que Ouhabou par exemple.

Retour à Ouaga, et visite du parc de Luango : des sculptures en plein air dans un chaos de granit, réalisées par des sculpteurs de tous horizons, Afrique de l’ouest, Europe, Maghreb…Certaines sculptures intégrées aux roches existantes, d’autres ajoutées…Il y en a pour tous les goûts : un bel esprit du baobab, des oiseaux en équilibre sur un rochers, des jardins étoilés…. des figuratives et des abstraites, des monumentales et des relativement plus petites…

Soirée d’adieu de Noufou qui rentrait en France, capitaine grillé et aloko (banane plantain frite), et suite de soirée dans un dancing avec de la musique live….Là dansaient des gens d’un certain âge et d’un volume certain…. Encore de la fesse – assumée – et du beau boubou !

Rencontré aujourd’hui dans la villa dans laquelle je dors un belge qui travaille sur des projets de théâtre et de festivals… Festival de musique prévu en décembre en pays touareg : avis aux amateurs (trices) ! J’ai passé l’après-midi a assister à une séance de travail théâtral avec des femmes du quartier….

Plein d’autres choses encore à vous raconter, ce sera à mon retour (je suis en train d’épuiser mon crédit internet…) : rappelez moi de vous parler du Pam, des WaKmen de l’UNICEF… 


14 février 2010 – Z’arrive

Voilà, voilà z’arrivvvvveeeeeeeeeeeeeeeeee……………….

Bonjour chacune, bonjour chacun,

Bonjour les petits loups, les grands loups, les moyens loups, les loups à courtes pattes ou grandes canines, les loups à oreilles touffues, les loups à la queue en panache, et aussi à ceux qui ne se retrouvent pas dans cette liste…

Voilà, déjà : pour ceux qui savaient pas déjà, je suis bien arrivée. J’avais pris le billet le moins cher que j’avais trouvé, par la compagnie Afriqiyah, qui est la compagnie lybienne. Escale donc à Tripoli… Plein d’hommes qui glandouillent dans la salle d’attente, ne semblent pas être des passagers. Arrivée au Burkina, on me dira que c’est la police (secrète ?). Dans la salle d’attente, néanmoins, un grand écran diffuse CNN. Ambiance globalement très masculine….Une femme arrivée non voilée se voile pour la destination suivante (le tchad ?). A l’heure de la prière, dans la salle d’embarquement, discussions autour de la bonne direction pour le tapis de prière, puis ablutions et prières… Beaucoup de burkinabés en provenance de Dubaï. En discutant avec l’un d’eux, j’apprends qu’il fait du ‘business’ (comprenez commerce) entre le Burkina, et la Chine et Dubaï. A l’arrivée, en attendant les bagages il me donne sa carte : DG Mouniah Bachirou. DG pour Directeur Général. Commerce en informatique et fournitures scolaires.

Organisation un peu chaotique à l’arrivée à Ouagadougou : l’aéroport est en train d’être réaménagé. Petite frayeur : la personne prévue pour  m’accueillir sera-t-elle bien au rendez-vous ? (en effet, je n’ai même pas un guide de voyage avec moi, et je n’aurai aucune idée de où dormir, et il est déjà 23h…)…. Oui, ouf, et je la connais : il s’agit d’un ami de Noufou, (Noufou est la personne qui organise le stage), et que j’ai rencontré à Montreuil : Issa. Dans une R5 hors d’âge, il m’emmène à ‘l’hôtel des 1200 logements’ où une chambre m’a été réservée. Pour atteindre l’hôtel, il faut quitter le goudron et rouler qqs centaines de mètres sur une piste. Je ne verrai pas grand chose de Ouagadougou, juste des alentours de l’hôtel en me baladant un peu le lendemain matin. Le soir, je sors de chambre : concert lointain de chiens, et de la musique assez fort : ça danse dans les alentours. Une chambre simple, un ventilateur bienvenu. Je sors pieds nus, et le gardien de l’hôtel très gentiment me prête ses tongs. Une petite balade le lendemain avant d’aller prendre le bus pour Bobo Dioulasso : vu quelques oiseaux de la taille d’un moineau à la queue et la gorge très bleus, pas identifié les arbres qui longent l’allée. Déjà très tôt (8 heures), il fait chaud et très sec. Je cause avec un homme mécanicien un peu plus loin, qui se remet d’un coup de poing dans l’oeil. Quelques chiens (errants ?), les premiers vélos et mobylettes.

Au cours de ma balade matinale, je retrouve Issa parti ma recherche en mobylette. Nous partons en quête de l’achat d’un numéro de téléphone local, sans succès : mon téléphone est bloqué.
il faudra le faire débloquer à Bobo Dioulasso. Je rentre donc en mobylette à l’hôtel, cramponnée à Issa car peu habituée à la piste irrégulière.

Départ en bus à 10h pour Bobo. Un bus confortable et climatisé, mais avec seulement une pause de 10 mn en 4h30 de trajet pour se vider la vessie. Alternance de villages avec des cours dispersées. Les greniers à grain sont en paille très souvent. Arrivée à Bobo, je demanderai s’ils n’ont pas de problèmes avec rats et souris…il ne semble pas (cela mes surprend que les rats burkinabés soient plus discrets que les rats des autres pays, mais bon…). Alternance de savane rase et sèche, d’arbres, des villages avec des ballots de coton, des potagers bien verts. Zébus, moutons, chèvres… Un chien écrasé se fait dévorer par deux vautours gris au cou dépenaillé et rose.

L’état de la route est variable selon les tronçons, du bon goudron aux nids de poule. Peu de circulation.

Vu dans la banlieue de Ouagadougou : des femmes en mobylette avec un saladier de fraises sur la tête.

Les fruits en ce moment : pommes (de hollande, vendues par exemple à l’escale de bus), et comme fruits locaux : ananas, papayes (miam, délicieuses, parfumées et sucrées, elles m’accompagnent presque à tous les repas), oranges, mangues. Il y a aussi des avocats. Ce n’est pas contre pas la saison des goyaves.

Les femmes sont magnifiques, avec des pagnes colorés et ajustés, dénudant parfois une épaule. Il y a aussi quelques femmes bâchées, noires et voilées de la tête aux pieds. L’une de ces femmes soignait néanmoins son look : noire de la tête aux pieds, on ne distinguait même pas ses pieds, gants et chaussettes, mais des tongs fushia. Le résistance se situe-t-elle au niveau des orteils ?

J’ai commencé à travailler à l’atelier : une dizaine de personnes y travaillent de manière plus ou moins continue. Hier c’était le 13 février, fête des Valentins et Valentines. L’un d’eux (Rodrigue) m’a dit que le centre ville est très occupé à acheter et emballer. En plein air, les femmes se faisaient faire des nouvelles tresses. Tout le monde est très occupé à se mettre sur son 31 pour valentiner aujourd’hui.

Hier achat de calebasses : Noufou me confie à un de ses amis, Sumo, et nous partons en mobylette (pas rembourrée celle-là, aïe les fesses) voir une marchande de calebasses. Il y en avait tellement (un hangar plein), j’aurais pu en avoir une syncope. Sélection (j’en choisis au final 36, des grandes des moyennes des plus petites), négociation. Voilà, pour 33000 francs cfa (environ 35 euros), j’ai tout ce stock. Sumo se chargera de les emboîter, les caler, les emballer (avec du papier ciment m’a-t-il dit). En fonction de la taille des paquets, et de ce que je peux prendre en voyage accompagné, elles rentreront soit avec moi, soit par la poste.

Bobo est une ville avec des arbres, mais toute une allée d’arbres centaines vient d’être massacrée pour construire une pénétrante…

Ici, tous les gens qui vous serrez les mains vous disent ‘bonne arrivée’. J’ai commencé à apprendre comment dire bonjour, mais ça dépend de l’heure de la journée, et une fois qu’on a commencé, il y en a tout une chaîne :
– bonjour ?
– comment ça va ?
– Et les parents ?
– et les enfants ?
etc…
Et comme je ne connais que la première réplique… cela ne m’aide pas beaucoup…

Sinon, il y a beaucoup de sons intermédiaires ou peu prononcés : par exemple ‘séimba’ (grands pieds, nom donné à une sculpture à l’atelier) avec un ‘é’ que j’entends à peine ressemble beaucoup à ‘samba’, qui est ‘gros seins’…je vais peut-être attendre un peu avant de me lancer dans l’apprentissage du dioula….(langue parlée à Bobo)

Voilà, je m’arrête là pour aujourd’hui…

pour les photos, j’ai essayé de les décharger de mon appareil, sans succès… Il vous reste à imaginer….

Donc, loups de toutes tailles et de tous poils, je vous quitte ici, vous souhaite un bon valentinage pour ceux qui le fêtent, vous envoie des bises, de la chaleur, des couleurs…