Lo Dico Mono-mot

Lo Gros Dico Mono-Mot
Un désir, une faim même, grandissante, d’inutile, de léger….
Une envie, une soif même, de rencontres liées au hasard et pas liées au hasard….
Une inclinaison, une pulsion même, pour découvrir des cascades de sons nouveaux inouïs pour moi,
Des histoires aussi.
De ce faisceau (convergent) germa le projet suivant :
  • Des langues, idiomes, patois, argots, dialectes, jargons
  • Venus de partout,
  • D’en haut d’en bas du nord du sud de l’est de l’ouest de l’air de l’eau de la terre
  • Le plus possible, une abondance de langages,
  • Vivants, vivaces, ou presque éteints, ou fanés, ou ne vibrant plus que dans les oreilles et les neurones de quelque spécialiste,
Et donc de sons, et donc de signes,
Quelques … mots – non pas mots, mais …images ? sensations ?
Déclinés dans tous ces langages,
Pour commencer, j’ai choisi :
  • Papillon
  • Escalier (ou échelle)
  • Guili guili (ou chatouille)
Vous trouverez ces images-sensations :
  • En caractères de la langue dans laquelle ils sont exprimés
  • En caractères latins
  • En sons
Accompagnés :
  • D’une image de qui les a prononcés
  • De ce qu’ils ont – peut-être – évoqué pour la personne qui les a prononcés – une histoire ? un proverbe ? un souvenir ? une chanson ? un poème ? Encore autre ‘chose’ ?
BonVoyage ….
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12 mars 2010, de France

Aterri sans difficultés, juste avec un peu de retard. Les 40°c de différence sont un peu difficiles, aussi je me love sous la couette équipée de grosses chaussettes.

Je vous joins le mail qu’a reçu Martine, et qui avait déclenché l’envoi de la demande de stockage….

En vrac, des choses que j’avais notées, mais pas encore écrites :

Les vols Afriqiyah proposent un écran à chacun, avec une sélection possible de films, et de musiques.A l’aller, le tout était accompagné d’un livret détaillant le choix, et présentant les programmes. Voici quelques extraits de présentations de films :

Pour Twilight : ‘Une adolescente risques fille tout quand elle tombe en amour avec un vampire. Bella Forks trouve un peu répétitif et manque de joie. Malgré les obstacles présentés par la nature vampirique de la famille Cullen, Edward et Bella tomber en amour.’

Pour La prise de Pelham 123 : ‘Un jour ordinaire de Walter Graber, un dispatcher de métro ville de New York, est mis en chaos par une crime audacieuse : le détournement du métro. Ryder le cerveau de la crime, en tant que leader d’un gang des quatre qui est armé jusqu’aux dents, menace d’exécuter les voyageurs sauf si une rançon est donnée en moins d’une heure.’

Je suis un peu surprise qu’une compagnie d’aviation se contente de ce français approximatif, mais bon, ça m’avait mise en joie pour commencer…..

Les bobolais (ou les Burkinabés ? ou les Africains de l’ouest ?) adorent les maximes, que l’on trouve sur les voitures, sur les murs, etc…. ; quelques exemples :

‘en toute chose il faut considérer la fin’ (sur une moto)

‘le fair play est l’esprit bobolais’ (sur un mur)

‘je ne pratique pas l’amour commercial’ (dans un taxi).

Le Burkina n’a pas de côte, et il y a de la pub partout pour les ports de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo. Au Burkina, il y a dans les grandes villes des ‘ports secs’ : zones de dédouanement, de chargement des camions (Ouaga, Bobo au moins…). Les douaniers Burkinabés sont réputés pour être les fonctionnaires les plus corrompus de l’état, et des Burkinabés m’ont dit que quand les concours de recrutement sont ouverts, il y a la queue de Ouaga à Bobo….

Petits métiers : cireurs de chaussures bien sur, vendeurs d’œufs durs, vendeurs de chewing gums et de paquets de mouchoirs (100 francs cfa un paquet), coupeurs d’ongles. Les crieurs de rue existent toujours, qui passent les messages du roi. Car il y a des rois coutumiers, à Ouaga il y en a plusieurs,dont le roi des rois…je n’ai pas bien compris l’articulation du pouvoir entre les rois et l’état, quel pouvoir réel pour qui ?

Autre chose que j’ai du mal à cerner : quand on m’explique une règle, une coutume, je ne connais pas son périmètre : l’ethnie ? la ville ? tout le Burkina ?

Par exemple : Omar, le frère de Noufou, m’explique l’importance du respect. Pour être respectueux, il faut saluer dans les règles de l’art. Et si on ne dit pas bonjour à quelqu’un, la personne ne s’arrêtera pas pour vous aider si vous avez un problème.Sumo m’a dit la même chose : comme je lui disais ‘je ne vais pas partir sans te dire au revoir’, il m’a répondu à peu près ‘oui, si tu ne le fais pas, et que tu te casses la gueule devant moi, je ne t’aiderai pas’.Là où j’aurai dit quelque chose comme : ‘j’aurais été triste que tu partes sans me dire au revoir’. A un autre moment, ça chauffait dans l’atelier en Dioula, et une femme qui était là est venue vers Rodrigue (qui était particulièrement remonté) et lui a dit : ‘tu ne me respectes plus’, comme si c’était un argument massue pour lui faire baisser le ton.

Autre règle : dans cette région de l’Afrique, on mange en général dans un plat commun. Il est du rôle du cadet de tenir le plat de façon à ce qu’il ne bouge pas (je n’ai pas bien compris en quoi c’est grave que le plat bouge). Si le plat bouge, les aînés sont en droit de le réprimander, voire de le gifler. Périmètre de la règle ? Bobo ? Dafis (Omar est de l’ethnie Dafi je crois)…

Enfin, bien sur ils écoutent beaucoup de musiques africaines, mais le chanteur français le plus connu ici c’est Francis Cabrel…On l’entend partout ! Je sais maintenant qu’il habite Toulouse, et qu’il a peur de l’avion…

Quelques mots sur les Wakmen : ce sont des sorciers qui pactisent avec le diable… et certains demandent des sacrifices humains (la sang frais d’une vierge, trois doigts et un œil…). Quand ils sont pris, c’est la prison direct mais en attendant, ils ont le temps de faire des dégâts ! Certains ont le pouvoir de ‘couper la parole’… ce qui ne rend pas aisée la tâche des juges !

Quelques autres mots sur l’UNICEF : réputée auprès des locaux pour utiliser son argent surtout en grosses villas avec piscine, salaires d’expatriés, voitures climatisées et chauffeurs…10 % des montants effectivement utilisés pour des actions sur le terrain…(et encore, il semble que je surestime le pourcentage…) et quand il ya une action, il y a un photographe…

Et la corruption au quotidien : Bernard, le père de famille de la famille qui m’a accueillie à Ouaga travaille pour une association qui aide les malades atteintsdu SIDA (expliquer comment on prend les médicaments, faire un suivi…). Comme ces malades sont souvent dans un dénuement total, l’association a une aide du PAM (Programme Alimentaire Mondial) sous forme de nourriture. Une bonne partie de cette nourriture ne va pas aux malades, mais au responsable de l’asso, au chef de lapolice, etc… Et quand les bailleurs de fonds arrivent pour quelques jours pour s’assurer du bon usage des moyens mis à disposition, impossible de leur dire quoi que ce soit : soit ils n’interrogent pas les gens du terrain, soit c’est trop risqué de parler : après ‘ça chauffe pour nous’ a dit Bernard.

Voilà, la conclusion est moins gaie que les autres mails….Garder espoir…..

17 février 2010

Bonjour Chacune, Chacun, 
 
Pour ceux qui n'ont pas tout suivi : par l'intermédiaire d'une amie clown, j'ai rencontré un burkinabé fondeur de bronzes d'art, et également sculpteur…j'ai fait un stage avec lui en juillet, et comme j'ai trouvé d'une part qu'il est une belle personne, généreuse de ses connaissances, et que j'ai pris énormément de plaisir à réaliser des sculptures, j'ai décidé de me lancer dans l'aventure burkinabé qu'il propose, à savoir un stage de créations de sculptures sur bronze dans la ville de Dobo Dioulasso, où il a un atelier, avec des personnes qui y travaillent. M'y voici donc depuis une semaine. J'ai fait quelques réalisations en cire, et les personnes de l'atelier m'entourent et me conseillent sur la technique de réalisation. Ces deux derniers jours, nous avons fait les moulages en banco (mélange d'argile et de toile de jute). Je pense que les moules seront cuits et fondus demain, ou en début de semaine prochaine. A l'atelier, il y a d'autres stagiaires que moi. Les experts qui nous encadrent sont Rodrigue (en ce qui me concerne), Baba, Mossé. Dans l'atelier, il y a aussi Tidiane, Kossi, Kassoum. Je travaille sous un auvent tressé, et malgré la chaleur et la poussière, ça va bien. Les jours s'écoulent donc tranquillement, à un rythme apaisant. Je me laisse prendre en charge (ce qui est plutôt nouveau pour moi), je n'ai pratiquement rien à décider sauf la forme de mes sculptures. Noufou m'héberge dans une maison, où il y a également un couple de français venus l'aider à réaliser son nouveau four (il est en train de construire un nouvel atelier). Une amie, Martine, arrive samedi. 
 
Pour les photos, j'ai compris pourquoi je ne peux pas décharger : il faut le logiciel de l'appareil photo sur l'ordi… j'ai changé d'appareil entre le voyage en Chine et maintenant, et je n'avais pas eu ce pb en Chine. Donc, probablement, les photos, ce sera au retour. 
Par ailleurs, Noufou est originaire d'un village situé entre Bobo et Ouaga, où il a créé une association (mais je ne lui ai pas encore demandé le but de l'asso en question). Il y travaille avec des cousins à lui. Ce week-end, c'est la fête au village… nous irons donc y passer quelques jours . Village sans électricité, ni téléphone… vous n'aurez donc pas d'autres nouvelles avant le début de la semaine prochaine. 
 
Quelques proverbes locaux : 
 
'on ne peut pas courir en se grattant les fesses', c'est à dire on ne peut pas faire deux choses à la fois; 
'même si tu fais pipi loin devant toi, la dernière goutte tombera toujours entre tes pieds' : (surtout pour les enfants) si tu fais des bêtises, et que tu les caches, ça finira bien par se savoir… 
 
Ici, on souhaite bon appétit à son voisin de table au restaurant quand son plat arrive, même si on ne le connaît pas, pour les choses qui vous tiennent à cœur on fait dire merci par personne interposée, quand quelqu'un veut partir, il dit 'je demande la route', ce qui ne veut pas dire qu'il souhaite qu'on lui explique le chemin du retour…il faut alors s'empresser de lui reproposer de la boisson pour vérifier qu'il veut vraiment partir, et que ce n'est pas un moyen de vérifier qu'il est gêneur…quand des amis sont à la maison à l'heure du dîner, on les inclut systématiquement dans le repas sans demander, car si on demande, la personne comprend qu'elle est de trop (pas assez à manger pour tout le monde ?) et déclinera.