récit, suite

Sur le chemin vers Gaoua, nous traversons des villages d’orpailleurs. Il y a de l’or dans la région, et là où le sol est aurifère s’installent les orpailleurs. Pour le temps où ils gagneront assez d’argent. Quelques mois, ou quelques semaines. Autour du village, les monticules indiquent les endroits où les galeries sont en train de se creuser. L’activité est tolérée par le gouvernement, dans la mesure où l’aval de la chaîne, càd commercialisation et transformation est contrôlée par lui. A la saison des pluies, certaines mines sont fermées car considérées comme trop dangereuses.

Dans le village il y a mineurs et familles. Ce sont des paillottes, bâches plastique et grandes nattes. En passant, on voit les femmes qui vaquent à leurs activités habituelles. Il y a souvent des incendies, parfois accidentels parfois volontaires – des histoires de rivalités amoureuses, d’endroits plus aurifères que d’autres.

Nous retrouvons notre guide, François, qui va dans les deux prochains jours nous expliquer la culture Lobi, et nous permettre de visiter plusieurs endroits.

Dimanche, c’est marché, et l’après-midi nous visitons le musée ethnographique. je vous en ai déjà parlé un peu.

Le soir, c’est la finale de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations, pour les non initiés, c’est du foot, et ça permet aussi d’être sélectionné pour le mondial). Côte d’Ivoire contre Ghana (le Burkina a été éliminé il y a longtemps !) : deux pays tous proches de la région, et chacun a ses supporteurs. Je rejoins le restau en plein air où nous allons diner. Dans tous les commerces ouverts il y a une télévision, et devant la télévision de nombreux spectateurs – essentiellement des hommes -. Au restau un grand écran, les commentateurs déversent beaucoup de banalités à plein poumons – si l’on peut parler de poumons pour des haut-parleurs. Aux ‘oooohhhh’ et ‘ahhhhh’ qui accompagnent les occasions de buts, J’ai l’impression que la moitié des spectateurs supporte le Ghana et l’autre moitié la Côte d’Ivoire. Le match n’en finit pas (prolongations, 1ère série de tirs au but, deuxième série de tirs au buts…), et finalement un but marqué d’un côté, loupé de l’autre c’est la fin. On attend assez peu finalement – un quart d’heure ? – la ronde des motos excitées, puis le calme revient et nous rentrons.

Revenons à cette région : des vanniers, qui récoltent les plantes qu’ils utilisent une fois par an, chacun pour soi. Et l’année se passe à tresser, à vendre. La plante utilisée est assez rigide. C’est une activité de femmes, et elles font des paniers à base carré ou rectangulaire, et de toutes dimensions ! (des grands plateaux avec un rebord court, utilisé au marché par les vendeuses de légumes pour disposer leur marchandise, des paniers avec un grand plateau et un haut rebord pour transporter sur la tête sur de grandes distance). Un panier à grand rebord associé à un panier à petit rebord, et hop, une boîte ! Les tiges passées au feu rapidement se couvrent de suie et deviennent noires : cela permet de varier les motifs ; les liens sont en plastique de couleurs, tirés de grands sacs qui transportent riz, mil etc…

Comme le diamètre des tiges varie de gros (7 mm ?) à fin (1 mm ?), cela permet de varier aussi la finesse du travail.

Dans le village, les femmes ont sorti leurs paniers à notre arrivée. Un tout petit me tend toutes sortes de paniers : il a bien compris que ce  sont le toubabs (en lobi les dablos) (càd les blancs) qui partent avec.

Les lobis sont animistes, et voilà ce que j’ai compris : il y a un dieu unique, Tangba. Et un paradis – où on est en symbiose avec ses ancêtres si tout va bien -, aussi un purgatoire.

Il y a toutes sortes d’esprits – lutins, djins,etc…-, qui permettent de dialoguer avec Tangba, ou qui ont leur puissance propre. Ces esprits habitent les fétiches, qui ont une matérialité – bois façonné par l’homme, ou une pierre, un calebasse, etc…figure humaine, animale, pierre laissée en l’état : les fétiches prennent toutes sortes de formes. Les féticheurs sont les hommes qui sont les intermédiaires entre la communauté humaine et les esprits – ils savent causer avec eux de la manière qui va bien pour chacun, parce que attention, on cause pas pareil avec tout le monde ! Cauris, eau, coquillages, nattes de divination, rêves, chacun son langage. Il y a un bois particulier réservé pour faire les fétiches. Je rapproche cette fonction d’intermédiaire de celle des chamans ou des druides.

Normalement, les fétiches sont tabous. Nous ne pouvons pas les voir, et  pas plus bien sur les photographier. François est guide depuis longtemps, et à force de négocier il a convenu avec un féticheur d’accepter des visites. Pour que les fétiches ne soient pas offensés – manifestement ils n’aiment pas les flashes ! -, il y a des sacrifices prévus tous les ans pour les apaiser.

Chez ce féticheur, les fétiches sont regroupés dans 3 cases à fétiche. Parce que à chaque fétiche, il faut vérifier avec qui il veut cohabiter ! ah, non, pas question de mélanger un fétiche de fertilité avec un fétiche qui protège des flèches empoisonnées ou des armes à feu ! Et pour chaque demande faite au féticheur, il y a un fétiche à interroger – chacun sa spécialité, pas de rivalités !

Donc si je me souviens : une case surtout pour les guérisons, avec des calebasses qui contiennent des âmes de malades enfermées. On leur a donné une âme de chien à la place – le chien est celui dont l’âme est la plus proche de l’âme humaine -, cela permet de repousser la mort. Mais ce temps là vient quand même, et là on rend son âme à son propriétaire légitime. Cette case-là est à côté de la maison. Et souvent, le féticheur est aussi guérisseur – connait les plantes et leur usage. On peut repartir avec un canari plein d’une infusion, canari qui sera rapporté après usage car il est investi de la puissance du fétiche, et quand on ne sait pas leur causer, mieux vaut ne pas les avoir trop près..

Une case de protection, dans la maison – contre les coups, les armes, les flèches, etc.. quand quelqu’un vient pour demander une protection le féticheur façonne un gri-gri, dont la puissance est souvent accompagnée d’interdits – souvent liés au sexe -. Si on ne respecte plus les interdits, le gri-gri perd de sa puissance. Mais tout n’est pas perdu, on peut venir le recharger !

Et une dernière case à fétiches également dans la maison, il y avait tellement de fétiches faisant des choses différentes que j’ai presque tout oublié ! fertilité – la statuette était assez explicite -, pour les autres je ne sais plus trop.

 

 

Ça fait un peu bizarre d’être à la source même des toutes ces croyances et représentations qui ont fourni nos divers musées… Le chapeau du vendeur de médecine traditionnelle du marché avec ses cauris, digne d’orner une vitrine du musée du quai Branly, toutes ces statuettes au regard fixe accumulées dans une ambiance poussiéreuse..